
Implantée à MIDELT - Région de Meknès.Tafilalet, région "pilote", la société JIG Sarl entreprend dans le domaine du conditionnement en proposant sur le marché des caisses pliables en résine jugées 100% recyclable aux normes internationales. La société dispose actuellement d' une clientèle essentiellement basée sur l'Europe et travaille pour 90 % avec internet.
L'entreprise qui prévoit de réaliser un C.A. estimé à 800 000 EUR d'ici la fin de l'année, vise à réaliser environ 80% des ventes sur le Maroc. EHRMANN J.François, Co. directeur de la société, donne plus d'explication à son projet dans cette interview accordée à Maroceco.
Vous vous positionnez sur le secteur du conditionnement. En quoi consiste votre projet au Maroc plus concrètement ?
Notre projet s'inscrit concrètement et positivement dans la revalorisation de l'agriculture marocaine par un concept de conditionnement novateur : des caisses pliables en résine (copolymère hétérophasique) 100% recyclable aux normes internationales.
La revalorisation agricole, ainsi que les objectifs du plan Maroc Vert, passent par le remplacement inéluctable de la caisse en bois qui va à l'encontre de toute logique économique, structurelle et environnementale, et donc contraire aux valeurs de la Charte de l'environnement voulue par SM Mohammed VI qui engage le Maroc sur une voie résolument moderne et présentant le pays comme un modèle de compétitivité sur le continent africain, ce dont nous sommes intimement persuadés.
D'un point de vue économique, la caisse en bois entraîne une perte significative de la production conditionnée de 25 à 30%. Sur la région, en considérant une production (pommes) de 20 T/ha, revendues à 3,00 DH/kg, cela représente une perte « sèche » de 15.000 à 18.000 DH/ha. C'est également une perte financière dans les transports à vide par rapport à nos caisses pliables : on met 500 caisses en bois/camion au lieu de 2.500 pliées/camion. L'utilisation de nos caisses représente un évident gain sur ce secteur. Leur poids à vide est aussi un facteur de gain potentiel : une caisse en bois de 25 kg de contenance (5 kg de bois ) n'a que 20 kg de charge utile. Nos caisses, d'un poids à vide de 1,7 kg, ont une contenance de 23,3 kg, ce qui a une incidence directe sur les capacités de stockage pour une occupation de caisses minimale. Ceci est d'autant plus avéré dans les unités frigorifiques où le producteur, s'il ne vend pas directement ses pommes, doit louer son emplacement.
D'un point de vue sanitaire : la caisse en bois ne présente non seulement aucune garantie, mais peut également être un vecteur de propagation de risques important pour la santé humaine. La nature même du bois et ses anfractuosités naturelles favorisent la prolifération de micro-organismes, micro-bactéries et champignons xylophages, d'autant qu'aucune technique de nettoyage efficace, par fumigation par exemple, n'est utilisée. Nous avons même soumis l'idée à M. Abchbani (INRA de Meknès) que la prolifération aussi rapide du « feu bactérien » pourrait avoir été accentuée par l'utilisation et les échanges de caisses en bois qui pourraient avoir eu un rôle de vecteur de propagation. A ce jour et de ce que nous savons, des études sont toujours menées à ce sujet.
D'un point de vue structurel : la caisse en bois interdit l'accessibilité aux marchés internationaux, et donc à une compétitivité internationale et aux opportunités de l'hypermondialisation. Au niveau local, elle ne donne même pas la possibilité d'un accès aux chaînes automatisées de calibrage. Ce qui suppose de multiples manipulations du produit conditionné, altérant de manière négative sa valeur marchande (aspect physique et gustatif).
Qu'en est-il au niveau environnemental ?
L'aspect environnemental revêt aussi une importance stratégique : au niveau régional, selon les derniers chiffres de l'ADA, les eaux superficielles ont un potentiel d'exploitation de 10.990 Mm3 pour une mobilisation de 10.608 Mm3, soit 97%. Pour les eaux souterraines, elles ont un potentiel de 2.307 Mm3 pour une mobilisation de 2.150 Mm3, soit 93%. Or, pour utiliser les caisses en bois, il faut les mouiller sinon elles cassent. De plus, leur fabrication nécessite l'abattage de forêts entières, d'où une importante déforestation qui pourrait être facilement évitée.
Notre volonté est donc de nous substituer à la caisse en bois de manière à induire une dynamique économique profitable aux agriculteurs par une revalorisation de leur pouvoir d'achat et/ou de réinvestissement.
La volonté affichée du ministre de l'Agriculture et de la Pêche maritime, Aziz Akhannouch, d'interdire pour la fin de l'année l'utilisation du caisson en bois dans les ports marocains nous conforte dans notre volonté d'implantation.
Vous avez indiqué que vous avez pu constater une énorme carence en ce domaine au Maroc. C'est-à-dire ?
Sans vouloir dénaturer la valeur de nos concurrents directs, nous sommes actuellement les seuls à appliquer les normes HACCP (Codex alimentaire), ainsi que les normes sécuritaires CEE pour le conditionnement.
Élaborée par des experts grâce à une collaboration internationale au fil des ans, la caisse est un bon exemple de « norme » qui s'est développé à côté des États et des administrations réglementaires qui l'ont ensuite adoptée. De fait, cet outil qui est devenu un standard ou plus précisément une norme-concept, et non pas une norme au sens français du terme, est désormais imposé par les différents règlements des autorités européennes pour l'hygiène des aliments.
Au Maroc, la loi n° 31-08 relative à la protection du consommateur vient d'être votée par la Chambre des représentants, en assemblée plénière et à l'unanimité. A ce titre, nous sommes d'ores et déjà en capacité de répondre favorablement aux futurs standards imposés.
Pourquoi avez-vous choisi de vous implanter à Midelt, région de Meknès-Tafilalet, comme région « pilote » ? quelles sont les autres régions qui seront concernées par vos projets ?
Nos études de marché nous ont amené à considérer cette région arboricole. La pomme de Midelt (et alentours) est certainement une des meilleures du monde, mais absolument pas exploitée bien que représentant environ 25% de la production nationale. La pomme est le fruit le plus consommé au monde, ce qui ouvre des perspectives étonnantes et pourtant sous-exploitées. D'une manière générale, la zone de la Haute Moulouya comprend une SAU de 116.000 ha dont 21.000 ha irrigués. La superficie du pommier s'élève à 6.950 ha dont 6.120 ha productifs. Avec un rendement moyen de 20 T/ha, en constante augmentation mais restant en-deçà des possibilités, nous avons voulu participer à l'économie réelle de cette région encore enclavée si on en considère l'infrastructure routière et les difficultés d'accès aux zones de production.
La faible utilisation d'intrants, le peu de recours à la mécanisation de par le morcellement des exploitations, la faible utilisation d'engrais (méconnaissance des dosages nécessaires et cherté) font de cette production une production Bio par défaut. La demande européenne sur ce secteur est en augmentation constante de 20% par an. Si on prend l'exemple de la France, les fruits et légumes Bio sont vendus de 65 à 70% plus chers sur les étals. Imaginez si le Maroc arrivait à se positionner sur ces segments....
Le choix de l'implantation de l'Agropolis à Meknès n'est pas le fruit du hasard mais la résultante d'une étude approfondie de la région. Le développement des axes autoroutiers et aériens (FES) sont des signes avant-coureurs qui soulignent une volonté clairement établie dans ces projets d'envergure.
Nos caisses pliables ont été spécialement élaborées avec une résine visant le contact alimentaire direct tout en garantissant l'hygiène sanitaire indispensable aux « produits de bouche ». Aussi, notre objectif est d'investir le domaine des filières fruits et légumes, mais également les filières de la pêche et de la viande. A terme, nous espérons participer activement à l'industrie agro-alimentaire nationale et jouer un rôle prépondérant dans toute la schématique de revalorisation : ramassage, transport, conditionnement (incluant la sur-congélation), stockage et vente avec un seul et même produit.
Vous dites que essayez d'imposer vos produits aux normes internationales. Comment ?
Après avoir visité les producteurs et propriétaires de frigos de la région, nous nous sommes aperçus qu'il serait très difficile de les convaincre de l'utilité de changer de mode de conditionnement. Aussi, s'appuyant sur « l'expérience » des sacs plastiques, nous avons opté pour la solution qui consiste à alerter les instances décisionnelles. Pour reprendre le parallèle avec le sac en plastique noir, il a été interdit en décembre dernier, on n'en trouve plus à Midelt. L'utilisation des sacs plastiques est prohibée depuis juin, on en trouve de moins en moins.. Partant de ce constat, nous avons compris que ce changement ne pourrait se faire que par une décision institutionnelle et directive.
Pour ce faire, nous sommes en contact avec des organismes comme l'ONSSA, l'ADA, l'APP... et bien sûr, les instances locales, dont le gouverneur de Midelt.
Nous sommes également en partenariat avec une association locale (Association Haute Moulouya pour l'écotourisme et la protection de la nature), et nous sommes en contact avec le CRI de Meknès, la CGEM et l'INRA de Meknès. Concernant les professionnels directs de la filière de distribution, nous avons récemment rencontré Hamid Louade, président des marchés de gros marocains (FEMMAG), convaincu de la nécessité de changement du mode de conditionnement, à qui nous avons laissé des échantillons afin qu'il puisse les tester en conditions d'utilisation.
A travers ce maillage d'acteurs, de professionnels et d'autorités institutionnelles, nous espérons pouvoir convaincre de la nécessité d'un changement, et donc nous positionner dans une dynamique d'économie réelle et durable, plutôt que spéculative qui n'est pas notre but.
Avez-vous obtenu un agrément auprès de l'ONSSA afin, comme vous dites, de pouvoir légitimement revaloriser les produits de la production régionale puis nationale ?
Notre dossier est actuellement en cours d'étude. Des dernières informations recueillies, notre dossier aurait reçu un avis favorable et nous attendons l'aval final et la signature du directeur.
Propos recueillis par Moncef Ben Hayoun